 Lors d’un point de presse qui s’est tenu en son siège le 28 mai dernier, le président national du Leader Fanilo a apporté des précisions sur la position du parti face à la situation actuelle, notamment sur le dernier remaniement gouvernemental ainsi que sur la nouvelle feuille de route proposée par Andry Rajoelina. Il a également réitéré la proposition du Leader Fanilo de procéder aux élections législatives avant toute autre consultation électorale. Interview. Que pense le LEADER FANILO du remaniement gouvernemental du 23/05/2010 qui s’est traduit par l’éviction de 2 Ministres issus du parti ?
Dans notre communiqué du 14 avril 2010, le LEADER FANILO a clairement mentionné que « tous les membres des institutions actuelles resteront en place jusqu’aux élections des membres de l’Assemblée. En attendant les élections, ils doivent s’engager à cesser toutes activités législatives ou réglementaires et se limiter à l’expédition des affaires courantes ». Aujourd’hui, notre position n’a pas changé : nous pensons qu’il était inopportun de procéder à un remaniement ministériel à quelques mois des élections devant mettre en place les institutions de la 4ème république. Cette position ne se fonde pas uniquement sur le limogeage ou non de Ministres issus du LEADER FANILO, cette position relève tout simplement de la recherche de l’efficacité de l’action gouvernementale en cette période de Transition; en effet, que peut-on attendre de l’action d’un Ministre qui sait être en fonction pour une période très limitée ? Quelle garantie de « neutralité » pourrait apporter une équipe de ministres « techniciens » dans la préparation des échéances électorales à venir ? La vraie neutralité ne consistait-elle pas à la mise en place d’une CENI réellement indépendante ?
La nomination de techniciens et de militaires au sein du Gouvernement n’est-elle pas la conséquence de l’impossibilité de la mise en place d’une Transition inclusive et consensuelle au sens des accords de Maputo ?
Le LEADER FANILO n’a pas attendu l’impasse actuelle avant de suggérer un vrai schéma de sortie de crise ; lors de notre conférence de presse du 29 septembre 2009, à l’hôtel Colbert, nous avons proposé de mettre fin au processus de partage du pouvoir initié par les accords de Maputo et nous avons opté pour la tenue rapide d’élections des membres du Congrès au suffrage universel. Le pays a perdu 8 mois du fait que notre proposition n’a pas encore été complètement adoptée par le régime actuel. Aujourd’hui, nous réitérons le fait que :  « La mise en place d’une Transition impliquant le partage de pouvoir équitable est illusoire. Ce partage n’aura jamais de bases acceptables par tous les acteurs. De surcroît, la mauvaise volonté des protagonistes et la méfiance réciproque rendent impossible la viabilité de tout accord entre les quatre prétendues mouvances politiques. Aussi, la seule issue de sortie de crise pérenne est d’abord de laisser au peuple le soin de choisir ses représentants de manière démocratique ».
La nomination de techniciens et de militaires au sein du Gouvernement n’apporte aucune garantie tangible de réussite d’une sortie de crise. Pour être crédible et légitime, une feuille de route de sortie de crise doit être élaborée par une Assemblée élue démocratiquement. Le LEADER FANILO continue à soutenir la tenue de l’élection d’une Assemblée Constituante avant toute autre consultation électorale, ceci conformément aux résolutions de l’Atelier national « Teny Ifampierana » des 04 et 05 avril 2010. Aujourd’hui, cette proposition n’appartient plus au seul LEADER FANILO mais également à toutes les entités qui ont participé à l’Atelier national « Teny Ifampierana » susvisé.
A travers ses Ministres, le LEADER FANILO participe au régime actuel. Pourquoi ne faites-vous pas part de vos propositions au Président de la HAT ?
Le LEADER FANILO est « partie prenante » du régime actuel mais n’est pas toujours écouté ni consulté sur les grandes décisions prises par la présidence de la HAT. A titre d’exemple, nous n’avons pas été consulté par Mr Andry Rajoelina lors de sa conférence de presse du 16 décembre 2009 au cours de laquelle il a annoncé la tenue d’élections législatives pour le 20 mars 2010 alors qu’il était en train de reprendre l’essentiel de nos propositions du 29 septembre 2009… Mais nous nous sommes, à l’époque, abstenus de tout commentaire désobligeant du fait que la décision d’alors de Mr Andry Rajoelina allait dans le bon sens. En février 2010, lorsque le Gouvernement a indiqué que les élections législatives allaient se tenir au mois de mai 2010, nous n’avons toujours pas émis de critiques sur la faisabilité de cette échéance. Autre exemple : la feuille de route présentée par le Président de la HAT le 13 mai 2010 fait suite à notre communiqué du 12 mai 2010 où nous indiquions qu’il était important de « procéder aux élections législatives avant toute autre consultation électorale » … Vous savez que la feuille route présentée par Mr Andry Rajoelina, ce 13 mai 2010, propose la tenue d’un referendum constitutionnel le 12 août 2010 avant les législatives…Mais tout cela n’empêchera pas le LEADER FANILO de proposer des solutions qui permettront au pays de sortir de l’impasse actuelle.
Que reprochez-vous précisément à la feuille route présentée par le Président de la HAT le 13 mai 2010 ?
Cette feuille de route présentée par Mr Andry Rajoelina le 13 mai 2010 ne nous semble pas réaliste et ne nous semble pas être de nature à régler durablement la crise politique actuelle. Le fait que cette feuille de route n’est pas réaliste vient de se vérifier par le report du « dialogue national » sur le projet de Constitution, censé se tenir les 27, 28 et 29 mai 2010. Le manque de réalisme de cette feuille de route vient aussi du fait qu’organiser 3 consultations électorales en moins de 6 mois ne peut aboutir qu’à des élections bâclées et brouillonnes, au mépris de toute lisibilité pour la majorité des électeurs. Enfin, sur le plan politique, une feuille de route présentée unilatéralement par le Président de la HAT n’aura jamais la légitimité d’une feuille de route présentée par une Assemblée démocratiquement élue.
Pourquoi le LEADER FANILO pense-t-il que son schéma de sortie de crise est meilleur que d’autres schémas proposés par d’autres entités ?
Tout d’abord, depuis le vote des résolutions de l’Atelier de large concertation nationale, « Teny Ifampierana » des 04 et 05 avril 2010, la proposition qui consiste à « procéder aux élections législatives avant toute autre consultation électorale » n’appartient plus au seul LEADER FANILO mais également à toutes les entités ayant participé au dit Atelier.
Ensuite, il est politiquement légitime de confier tous les chantiers de la vie politique nationale à une Assemblée élue au suffrage universel. Parmi ces chantiers, citons : la vérité et la réconciliation nationale, l’amnistie politique, le Gouvernement de Transition de « consensus », la relance des activités économiques, la Conférence Nationale, la Constitution de la 4ème république, la feuille de route des échéances électorales à venir, le calendrier de mise en place des institutions de la 4ème république, la reconnaissance internationale, les relations avec les bailleurs de fonds…A titre d’exemple sur la réforme constitutionnelle, il importe de ne plus recommencer les errements du passé tels la révision diligentée par Mr Zafy Albert pour destituer le Premier Ministre Ravony (1995), la révision opérée par Mr Didier Ratsiraka afin de compliquer la procédure d’empêchement du Président de la République (1998), la révision faite par Mr Marc Ravalomanana pour avoir la faculté de nommer les Chefs de région au lieu d’en faire des élus (2007).
Enfin, l’élection d’une Assemblée Constituante pose moins de débats politiques et juridiques préalables que toute autre consultation électorale.
Vous semblez critiquer fortement Mr Andry Rajoelina ? Le LEADER FANILO est-il passé dans l’opposition au Président de la HAT?
Le LEADER FANILO a lutté aux côtés d’Andry Rajoelina pour mettre fin à la dictature de Marc Ravalomanana, à travers tous les « Komity Miaro ny Demokrasia » mis en place dans tout Madagascar. Nous avons donc lutté pour le « changement » des pratiques politiques ayant eu cours dans le pays. Aujourd’hui, si nous semblons critiquer la démarche actuelle de Andry Rajoelina, c’est pour donner vie aux espoirs que la population a placés dans cette Transition et pour préserver tous les acquis de cette lutte commune que nous avons menée avec lui.
Antananarivo, le 28 mai 2010
LEADER FANILO Bureau National de Coordination |